Handballeurs en blouse blanche – Thomas Pires

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Pour poursuivre notre série d’interviews “Handballeurs en blouse blanche” que nous avons débutée fin mars en donnant la parole à Lucie, Clément, Benjamin et Laurine, nous avons souhaité partir à la rencontre d’anciens licenciés du club, actuellement étudiants en médecine ou devenus aujourd’hui médecins. Après avoir interrogé Guillaume, Clément et Jean-Baptiste, nous terminons avec le témoignage de Thomas Pires, qui a joué quatre ans avec le maillot villeurbannais.

Portrait de Thomas Pires

1) Thomas, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

J’ai 27 ans et je suis actuellement interne des hôpitaux de Bordeaux en médecine interne et immunologie clinique, spécialité popularisée par la série « Dr House ».

J’ai commencé le hand à l’âge de huit ans au club de Marcy-l’Etoile, orienté par mon père qui est un ancien handballeur. J’ai ensuite rejoint le club de Tassin pour jouer en régionale lorsqu’ont débuté les sélections de comité et ligue, puis celui de Lyon 9 à mon entrée au Pôle Espoir de Jean Perrin pour y découvrir le niveau -18 national. De 2009 à 2013, j’ai rejoint le VHA, d’abord en -18, puis en Nationale 3 pour mes dernières années de Pôle Espoir et mes premières années de médecine.

J’ai ensuite rejoint le club de Villefranche pour découvrir la Nationale 1, puis celui de Vénissieux en Nationale 2. J’y ai joué jusqu’à mon départ de Lyon pour Bordeaux, où j’ai dû arrêter le sport en compétition. J’ai principalement joué au poste de pivot et de défenseur 3.

Ma spécialité médicale est l’étude des maladies auto-immunes et inflammatoires, dans lesquelles notre système immunitaire qui habituellement coordonne notre protection contre les agressions extérieures (bactéries, virus, parasites, mais également traumatismes physiques ou chimiques) commet des erreurs de reconnaissance et se met à attaquer nos propres organes. Ces pathologies sont bien souvent systémiques, ce qui signifie qu’elles peuvent toucher tous les organes et leur prise en charge est donc extrêmement variée. Nous avons une spécialité en plein essor, en perpétuel mouvement dans laquelle on voit émerger chaque année de nouveaux traitements. Nos patients présentent des histoires complexes, où de nombreux symptômes s’imbriquent. Cela nécessite une véritable enquête afin de découvrir quelle pathologie les relie, comme pourrait le faire le célèbre Dr House.

Nous nous occupons également des patients présentant plusieurs maladies à la fois, avec de multiples problèmes médicaux. Cette prise en charge est souvent très appréciée des patients, qui voient notre attention centrée sur eux et leur histoire dans son ensemble, et pas uniquement par le prisme d’un organe.

2) En tant que médecin interniste, comment es-tu impacté par la crise sanitaire actuelle ?

Je suis actuellement en stage de néphrologie/transplantation rénale afin de me former à cette spécialité. L’infection à COVID-19 a fortement modifié notre quotidien et nous avons dû apprendre à nous adapter constamment selon l’évolution de l’épidémie.

Concernant la transplantation rénale, le programme de greffe a été suspendu dans toute la France à cause de l’infection. En effet, pour réussir une greffe, il est indispensable d’utiliser des traitements immunosuppresseurs visant à réduire le système immunitaire à son minimum pour empêcher la survenue d’un rejet de l’organe. Notre système immunitaire interprète effectivement l’organe greffé comme un élément « étranger » et cherche à s’en débarrasser après la greffe, même si des précautions sont prises afin de faire coïncider le plus possible les systèmes immunitaires des donneurs et des receveurs pour réduire ce risque. Cependant, au vu de l’épidémie actuelle, ces traitements immunosuppresseurs ou antirejet comportent trop de risques en réduisant nos défenses immunitaires. Ils nous exposent à des formes sévères d’infection à COVID-19, alors qu’il existe, contrairement aux greffes d’autres organes (cœur, foie, poumons), une technique de suppléance rénale, la dialyse. Celle-ci permet de gagner du temps et de décaler les projets de greffe, à un moment plus propice, une fois l’épidémie contrôlée. De plus, les transplantations rénales sont des interventions chirurgicales lourdes, nécessitant une surveillance en unité de réanimation. L’arrêt du programme a permis de libérer des lits dans ces services permettant de s’occuper des patients atteints de formes graves.

Nous avons également créé une « unité COVID-19 » dans le service afin d’accueillir tous les patients que nous suivons et qui seraient suspects d’infection, présentant de la fièvre ou de la toux. Nous les dépistons dans notre service avant de les envoyer en service de maladies infectieuses ou de les garder chez nous si le diagnostic est éliminé.

3) En quoi l’épidémie liée au Coronavirus change-t-elle ta mission habituelle et pour tes patients, qui font partie des populations plus fragiles ?

Les patients que nous suivons présentent des pathologies très variées, ayant en commun un système immunitaire altéré. Ceci entraîne une réponse immunitaire anormale contre ces organes considérés comme « étrangers », pouvant provoquer des lésions sévères. Afin d’y remédier, la plupart de nos traitements reposent sur le principe de réduire à son minimum le système immunitaire. Ceci permet de stopper ce processus délétère tout en conservant une défense anti-infectieuse pouvant s’activer en cas de besoin. Cependant, le risque d’infection sévère à COVID-19 est actuellement majeur chez nos patients, en raison de leur système immunitaire réduit. Ils ne sont pas capables d’éliminer correctement le virus en cas d’infection et ils ont une forte probabilité d’être en contact avec une personne porteuse du virus tant que durera sa circulation.

Nous avons donc dû réduire au minimum l’initiation de nouveaux traitements pour les patients ayant des découvertes de maladie auto-immune afin d’éviter des infections sévères. Pour ce faire, nous avons décidé de ne traiter que ceux ayant un risque vital lié à leur pathologie en l’absence de traitement rapide.

Concernant les patients déjà sous traitement avant la déclaration de l’épidémie, ils ont été nombreux à être hospitalisés à la moindre suspicion d’infection. Ces hospitalisations avaient pour but de ne pas méconnaître une infection débutante et agir le plus vite possible en cas d’infection avérée pour conserver le maximum de chance de guérison. Mais la plupart de nos patients ont au final présenté des infections à d’autres agents infectieux que le SARS-COV-2. Nous avons donc dû être vigilants et ne pas nous précipiter trop vite vers ce diagnostic, au risque de rater d’autres infections tout aussi sévères.

4) Comment ressens-tu les marques de soutien de la population qui se mobilise chaque soir aux fenêtres pour applaudir et remercier le personnel soignant ?

Nous sommes tous très fiers dans l’équipe où je travaille de ce soutien de la population, qui fait tout son possible pour nous aider à faire face à cette épidémie. Ces marques de soutien diverses (applaudissements, mais aussi vidéos sur les réseaux sociaux, repas offerts par les restaurateurs locaux et remerciements des patients) nous motivent chaque jour à donner le meilleur de nous-mêmes afin de combattre au mieux cette épidémie.

Ce soutien s’exerce aussi et surtout par le respect des mesures barrières et du confinement, qui a permis un meilleur contrôle de l’épidémie. Ceci a permis d’éviter des milliers de victimes qui seraient survenues si le système de santé avait été dépassé comme cela a pu être le cas dans d’autres pays. Nous tenons à applaudir toutes ces personnes qui, en plus des marques de soutien, ont contribué à ralentir la progression de l’épidémie dans l’ensemble du pays.

Le confinement a été une source de nombreux problèmes et frustrations, mais il a été notre plus grande arme contre ce virus. C’est la population toute entière qu’il faut à notre tour remercier, d’avoir combattu à sa manière la propagation de l’épidémie permettant de sauver de nombreuses vies.

5) Et le hand, il ne te manque pas trop ?

Il se trouve que je venais juste de reprendre le handball avec mon frère Rémi Pires, qui est également un ancien licencié du VHA, venu récemment me rejoindre sur Bordeaux. Nous avions tous deux arrêté pendant quelques années lors de nos études. Nous devions recommencer à jouer pour la première fois dans la même équipe, mais cela n’est que partie remise.

6) Est-ce que tu peux nous faire partager un de tes meilleurs souvenirs de tes années de hand sous les couleurs du VHA ?

Mon meilleur souvenir avec le VHA est ma première saison avec l’équipe réserve, en Nationale 3 pendant l’année 2012-2013. Nous étions une jeune équipe entrainée par Pascal Carré, avec une superbe entente parmi nous. J’étais alors en première année de médecine, comme Guillaume Queiros, et les entrainements et matchs avec le VHA constituaient alors ma principale activité en dehors de la préparation du concours. C’était ma bouffée d’oxygène après des heures passées à réviser.

L’année était compliquée pour moi sur le plan physique, car je ratais beaucoup d’entraînements, mais le club a tout fait pour me laisser continuer à jouer et poursuivre ma préparation au concours de PACES, que j’ai obtenu. Sur le plan sportif, nous avons réussi une belle saison, avec de nombreuses crampes en plein match (record de quatre sorties en une mi-temps pour ce motif, toujours invaincu dans l’histoire du club), mais une accession sportive en Nationale 2 à la fin de l’année comme belle récompense.

C’est l’un des meilleurs groupes avec lequel j’ai pu jouer au cours de mes années de handballeur, et celui qui restera le plus longtemps dans ma mémoire.

Mille mercis Dr Thomas House  d’avoir bien voulu répondre à ces quelques questions et de nous avoir donné de tes nouvelles. Nous te souhaitons une bonne continuation dans ton cursus d’études en médecine.

Tu es évidemment toi aussi toujours le bienvenu à la salle des Gratte-Ciel  !

Gachet Christelle

Gachet Christelle

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