Interview d’Eric Renaud

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Pendant la crise sanitaire que nous vivons actuellement en raison de la pandémie liée au Coronavirus, il nous a paru intéressant de réaliser un entretien avec Éric Renaud, médecin référent du club.

1) Éric, tout d’abord, comment vas-tu en cette période si singulière ?

Je vais bien. J’essaie de m’entretenir physiquement régulièrement, de manger plutôt sainement et de boire modérément.

2) Est-ce que tu peux nous donner quelques éléments sur la situation sanitaire dans la métropole lyonnaise ?

Du fait de sa taille, notre région est assez impactée (le nombre de cas est relativement important), mais nous avons eu la « chance » de bénéficier de l’expérience vécue par le Grand Est et la région parisienne. Elle a permis aux autres régions d’anticiper et de prendre des mesures adéquates. En Auvergne-Rhône-Alpes, nous avons pu gérer les structures d’accueil pour les personnes infectées par le COVID pour éviter un afflux dans les hôpitaux. Nous avons également pu classer les urgences afin de cloisonner celles liées au COVID. Le travail des médecins généralistes a par ailleurs permis d’éviter de surcharger le 15. Seuls les cas les plus sérieux ont été orientés vers le 15. Les personnes atteintes moins gravement ont été invitées à rester chez elles et elles ont pu être suivies en vidéoconsultation par leurs médecins. Je pense que ce travail permettra de connaître une situation moins complexe que celle qu’a pu connaître le Grand Est, si elle devait se (re)produire, notamment après le déconfinement. Notre région a cependant connu les mêmes incertitudes et les mêmes problématiques que les autres régions, notamment la pénurie de masques et le manque de tests. Aujourd’hui, des laboratoires sont agréés et ils ont adapté leur structure : les médecins peuvent désormais orienter les patients le nécessitant afin qu’ils puissent être testés.

3) Comment ton activité et ta pratique de médecin du sport est-elle impactée par la crise sanitaire actuelle ? En quoi cette pandémie change-t-elle ta mission habituelle auprès de tes patients ?

L’activité physique étant réduite, le volume de patients est moins important et les blessures sont moins nombreuses. Je suis présent à mon cabinet trois à quatre matinées par semaine pour recevoir mes patients. J’ai dû m’adapter en les invitant à venir à l’heure juste afin qu’ils soient seuls dans la salle d’attente. Celle-ci est d’ailleurs complètement dénudée désormais : il nous a par exemple été conseillé de retirer les magazines et j’ai mis à disposition du gel hydroalcoolique. Je demande également aux patients de venir seuls ou d’être accompagnés d’une personne au maximum. Entre chaque rendez-vous, je désinfecte les poignées de porte, le terminal pour la carte vitale, le terminal de carte bleue et mon bureau. Et je porte un masque depuis le 16 mars, car j’avais été effectivement informé par un confrère à cette date qu’il y avait un foyer de COVID dans la région. Il me restait heureusement des masques que j’avais gardés depuis l’épisode de grippe aviaire.

Je réalise aussi quelques vidéoconsultations l’après-midi. Elles concernent exclusivement des patients qui ne sont pas à Lyon : certaines personnes habitant loin ou des étudiants qui sont rentrés chez leurs parents pendant le confinement. Il est cependant plus pratique que les patients viennent au cabinet, s’ils en ont la possibilité.

4) As-tu constaté une diminution des blessures et des traumatismes spécifiquement liés au sport suite à l’entrée en vigueur du confinement et de la baisse de l’activité sportive ?

Je constate les blessures dues au confinement. Le corps n’aimant pas le changement brutal, une pratique intensive peut faire émerger des douleurs ou en réveiller d’anciennes au niveau des genoux, des tendons ou du dos, par exemple, pour des personnes qui avaient déjà une pratique sportive. Les blessures sont là liées à un changement d’intensité ou de fréquence. Il y a également des personnes qui ne faisaient pas du tout d’activité physique : leur corps n’est pas préparé et ils pratiquent parfois des activités qui ne sont pas du tout adaptées à leur profil. J’ai pu par exemple voir des lésions musculaires suite à des cours de yoga ou une fracture de l’avant-bras suite à la réalisation d’un parcours de santé dans un appartement.

Pendant la période actuelle, les traitements ne sont pas très simples. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont prohibés, car ils potentialisent les effets du COVID. Il en est de même pour les corticoïdes, y compris en infiltration. Nous en revenons donc aux traitements à l’ancienne avec l’application pendant deux à trois heures d’emplâtres d’argile (entourés de cellophane) sur l’articulation douloureuse.

Je communique également avec Thomas Spinardi (le kiné-ostéo du club), particulièrement pour des patients opérés juste avant le confinement ou des personnes blessées pendant le confinement. Je leur transmets ses coordonnées : il peut ainsi leur envoyer des exercices d’autorééducation en vidéo pour leur expliquer ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire.

Concernant les joueurs du VHA, j’ai relayé au staff technique quelques documents que j’avais reçus de la fédération, notamment les recommandations diététiques et les mesures de prévention relatives aux problèmes cardio-vasculaires lors d’une pratique sportive intensive associée à une infection par COVID 19.

5) Comment perçois-tu le déconfinement prévu pour le 11 mai ? Quel conseil donnerais-tu aux sportifs professionnels et aux sportifs du dimanche ?

Je suis comme beaucoup dans l’expectative. Nous en saurons plus après la conférence de presse du Premier ministre de ce mardi 28. Pour les sportifs, le risque sera dû à nouveau au changement de la fréquence et de l’intensité de leur pratique. Ceux qui auront gardé une activité régulière durant le confinement seront moins impactés. Ceux qui pratiquent en loisir un sport collectif (le foot par exemple) ou des sports tels que le tennis ou le badminton (pour lesquels il y a des matchs) devront se méfier, car l’arrêt prolongé de leur activité pourra leur être préjudiciable au niveau physique.

Quant aux sportifs professionnels, le staff technique et médical les guidera dans leur reprise en adaptant la charge en quantité et en qualité, et l’on peut espérer de ce fait moins de soucis physiques.

6) En tant que médecin de l’équipe de France U19, as-tu des informations sur une éventuelle reprise des entraînements pour le secteur professionnel et pour le secteur amateur ?

Concernant les U19, les nouvelles sont toutes récentes pour le Championnat d’Europe en Slovénie en août prochain qui est annulé, comme l’avaient été par la fédération les deux stages de juillet préparatoires. Heureusement, car il aurait été très difficile de préparer les joueurs en amont sans stages et de ce fait, il y aurait eu un fort risque de blessures en août lors de ce championnat.

Concernant la reprise, les informations passeront par le Gouvernement et par le ministère des Sports : elles seront ensuite transmises à la fédération, qui donnera la marche à suivre aux clubs. Pour l’instant, les interrogations sont nombreuses à ce sujet, notamment des médecins des équipes professionnelles : les contacts et les projections ne peuvent pas être évités dans un sport comme le handball. Et les joueurs ne pourront pas porter des masques. Les coachs ne pourront pas scinder le collectif en deux pour les entraînements ou limiter le groupe à quelques joueurs uniquement. Il n’est également pas possible de tester les sportifs, car il serait alors nécessaire de recommencer tous les deux jours. Actuellement, il pourrait être mis en avant qu’ils ne sont pas prioritaires par rapport à d’autres professions en situation de risque. La situation dépendra également peut-être des régions. Nous en saurons plus d’ici le 11 mai.

Merci beaucoup Eric d’avoir accepté de réaliser cet entretien et d’avoir pris de ton temps pour répondre à ces quelques questions.

Gachet Christelle

Gachet Christelle

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